Assainissement Pluvial et Réseau d'Infrastructures à Cotonou : le PAPC
Cotonou est bâtie sur une bande de terre étroite entre l'océan Atlantique et le lac Nokoué, sur un sol sablonneux et globalement plat. Cette géographie explique pourquoi la ville a longtemps souffert d'inondations récurrentes lors de la saison des pluies, avec des quartiers entiers sous l'eau pendant plusieurs jours après de fortes précipitations. Depuis 2022, le Programme d'Assainissement Pluvial du Grand Cotonou (PAPC) transforme en profondeur le réseau de drainage de la ville, avec pour objectif d'en finir avec ce cycle d'inondations.
Ce guide explique ce qu'est le PAPC, où en sont les travaux, quels quartiers sont concernés et ce que cela change concrètement pour les habitants et les futurs résidents de Cotonou.
1. Pourquoi Cotonou inonde-t-elle régulièrement
La configuration géographique de Cotonou concentre plusieurs facteurs de vulnérabilité aux eaux pluviales. La ville est quasiment plate, avec une altitude moyenne proche du niveau de la mer, ce qui limite l'écoulement naturel de l'eau par gravité. Le sol sablonneux absorbe une partie des précipitations mais sature rapidement lors d'épisodes pluvieux intenses, un phénomène amplifié par l'urbanisation qui a réduit les surfaces perméables au fil des décennies.
Le réseau d'assainissement pluvial historique de la ville, construit par tranches successives depuis l'époque coloniale, n'a jamais été dimensionné pour absorber la croissance démographique et l'extension urbaine des quartiers périphériques. Une part importante des habitations s'est développée sur des zones basses ou d'anciens marécages asséchés, aggravant l'exposition aux stagnations d'eau.
En mai 2026, un épisode de fortes précipitations a illustré cette vulnérabilité persistante : selon les explications données par la Société d'Investissement et de Réalisation d'Aménagements Territoriaux (SIRAT), 17,3 centimètres d'eau sont tombés en trois heures sur certains secteurs de la ville, saturant temporairement les ouvrages d'assainissement existants et provoquant des difficultés de circulation dans plusieurs quartiers. Le retour à la normale s'est fait en environ deux heures grâce au curage préventif des caniveaux et à la mobilisation rapide des équipes techniques, un délai jugé nettement meilleur qu'avant le lancement du PAPC.
2. Le PAPC : objectifs et ampleur du chantier
Lancé officiellement le 21 avril 2022 par le gouvernement béninois, le PAPC est un programme d'infrastructure d'ampleur nationale destiné à mettre fin durablement aux inondations cycliques du Grand Cotonou. Le coût global du programme est estimé à environ 264 milliards de FCFA, financé par plusieurs partenaires internationaux dont la Banque mondiale, la Banque européenne d'investissement et l'Agence Française de Développement.
Les infrastructures prévues
Le programme couvre la construction, la réhabilitation ou l'extension d'un vaste réseau d'ouvrages hydrauliques :
- 46 kilomètres de collecteurs primaires, les grands canaux qui évacuent les volumes d'eau les plus importants vers la lagune de Cotonou ou directement vers l'océan.
- 90 kilomètres de collecteurs secondaires et de caniveaux latéraux, qui relient les rues et les quartiers résidentiels au réseau primaire.
- 7 bassins de rétention, des ouvrages qui stockent temporairement l'eau de pluie lors des pics de précipitation pour lisser l'écoulement et éviter la saturation immédiate des canaux en aval.
- 49 kilomètres de voirie aménagée et pavée, les travaux de drainage s'accompagnant systématiquement de la réfection des routes concernées.
À terme, le PAPC doit soulager 34 des 50 bassins versants qui composent le territoire du Grand Cotonou et qui présentaient des capacités de drainage insuffisantes avant le lancement du programme.
Un chantier organisé par lots et par bailleurs
Les travaux sont répartis en plusieurs lots géographiques financés par différents bailleurs, ce qui explique pourquoi l'avancement varie d'un quartier à l'autre. Les zones prioritaires identifiées comme les plus vulnérables aux inondations, notamment dans l'ouest de la ville en bordure du lac Nokoué, ont figuré parmi les premiers chantiers lancés.
3. Les quartiers concernés par les travaux
Le PAPC ne se limite pas au centre-ville. Une part importante du programme cible spécifiquement les quartiers périphériques et vulnérables, où les inondations avaient historiquement l'impact social le plus lourd sur les populations.
Le quartier d'Agla, situé dans la partie ouest de Cotonou en bordure du lac Nokoué, a longtemps figuré parmi les zones les plus exposées aux inondations de la ville. Les travaux d'assainissement y sont aujourd'hui largement avancés. Des chantiers de drainage et de réfection de voirie ont également concerné les quartiers de Kouhounou, Akplomey, Ménontin ainsi que des secteurs de Godomey, avec la construction de bassins de rétention utilisant des techniques de gabions et de matelas Reno pour stabiliser les berges des ouvrages.
D'autres secteurs du territoire communal, notamment dans le nord et l'est de Cotonou, sont concernés par des lots ultérieurs du programme, dont le calendrier d'exécution s'échelonne sur plusieurs années au-delà de 2026.
4. Impact concret pour les habitants
Une réduction déjà mesurable des inondations
Selon les retours des autorités locales et les observations de terrain, les quartiers où les travaux du PAPC sont achevés ou bien avancés connaissent une nette diminution de la durée et de l'intensité des stagnations d'eau après les fortes pluies. Les épisodes ne disparaissent pas totalement, comme l'a montré la saturation ponctuelle observée en mai 2026, mais la vitesse de résorption s'est nettement améliorée par rapport à la situation antérieure.
Des désagréments temporaires liés au chantier
L'ampleur du programme implique inévitablement des nuisances de chantier pour les riverains des zones en travaux : circulation perturbée, poussière, bruit des engins de terrassement et parfois coupures temporaires d'accès à certaines parcelles pendant la pose des collecteurs. Ces désagréments sont généralement limités à la durée du chantier sur un tronçon donné, la voirie étant remise en état à l'issue des travaux de canalisation.
Un impact sur la valeur et l'assurabilité des biens
Pour toute personne en recherche de logement ou d'investissement immobilier à Cotonou, la proximité d'un quartier achevé ou non par le PAPC constitue un critère de plus en plus regardé. Les biens situés dans des zones historiquement inondables mais désormais protégées par le nouveau réseau de drainage gagnent en attractivité, tandis que les parcelles encore en attente de travaux restent exposées au risque saisonnier pendant la période des pluies, généralement entre avril et juillet puis en septembre-octobre.
5. Que faire en cas de fortes pluies dans un quartier non encore raccordé
En attendant l'achèvement des travaux sur l'ensemble du territoire communal, quelques précautions limitent l'impact des épisodes pluvieux intenses pour les résidents de quartiers encore vulnérables.
Surélever les installations électriques sensibles au rez-de-chaussée, éviter de stationner les véhicules dans les points bas connus du quartier lors des alertes de fortes pluies, et signaler aux autorités locales (mairie d'arrondissement, SIRAT) les caniveaux obstrués avant la saison des pluies restent des réflexes utiles. Le curage préventif des caniveaux existants, réalisé par les services municipaux avant les pics saisonniers, joue un rôle déterminant dans la rapidité de résorption des eaux stagnantes, comme l'a confirmé l'épisode de mai 2026.
6. PAPC et réseau SONEB : deux chantiers distincts
Il est utile de ne pas confondre le PAPC avec les infrastructures de la SONEB (Société Nationale des Eaux du Bénin), qui gère la distribution d'eau potable dans les logements via un réseau de conduites et de compteurs individuels. Le PAPC concerne exclusivement l'évacuation des eaux de pluie à l'échelle de la ville, via des collecteurs, des caniveaux et des bassins de rétention distincts du réseau d'eau potable. Un logement peut ainsi être parfaitement raccordé au réseau SONEB pour son eau courante tout en se trouvant dans un quartier encore vulnérable aux inondations faute de collecteurs pluviaux achevés, ou inversement.
Cette distinction compte pour les futurs résidents qui évaluent un quartier avant de s'y installer : la qualité de l'alimentation en eau potable et la vulnérabilité aux inondations relèvent de deux réseaux d'infrastructure séparés, gérés par des acteurs différents, et ne doivent pas être confondues lors d'une visite de logement en saison sèche, où les signes de vulnérabilité pluviale sont peu visibles.
7. Perspectives : la suite du programme après 2026
Les lots restants du PAPC concernent notamment des secteurs du nord et de l'est de l'agglomération, où l'urbanisation continue de progresser plus vite que les infrastructures d'assainissement historiques. Le calendrier officiel prévoit un achèvement progressif des tronçons restants dans les années suivant 2026, avec un suivi environnemental et social continu financé par les bailleurs internationaux du programme.
Pour les habitants de ces zones encore en attente de travaux, la vigilance reste de mise à chaque saison des pluies, avec un curage préventif des caniveaux existants qui demeure, en l'état actuel du réseau, le principal levier immédiat pour limiter la durée des stagnations d'eau.
FAQ : assainissement pluvial et PAPC à Cotonou
Le PAPC va-t-il éliminer complètement les inondations à Cotonou ?
Le programme vise une réduction drastique de la fréquence et de la durée des inondations, pas une élimination totale du risque météorologique. Des épisodes de pluies exceptionnelles peuvent encore saturer temporairement les nouveaux ouvrages, comme observé en mai 2026, mais la résorption est nettement plus rapide dans les zones déjà traitées par le programme.
Quels quartiers de Cotonou sont les plus avancés dans les travaux du PAPC ?
Le quartier d'Agla, particulièrement exposé aux inondations en raison de sa proximité avec le lac Nokoué, fait partie des zones où les travaux sont les plus avancés. Kouhounou, Akplomey et Ménontin ont également bénéficié de chantiers de drainage et de réfection de voirie dans le cadre du programme.
Comment savoir si mon futur logement se trouve dans une zone déjà traitée par le PAPC ?
Il n'existe pas encore de carte publique interactive et actualisée en continu accessible au grand public. Le plus fiable reste de se renseigner directement auprès de la mairie d'arrondissement concernée ou d'observer sur place l'état des caniveaux et des collecteurs du quartier lors d'une visite, idéalement pendant ou juste après un épisode pluvieux.
Qui finance le PAPC et sur quelle durée s'étend le programme ?
Le programme est financé par plusieurs bailleurs internationaux, dont la Banque mondiale, la Banque européenne d'investissement et l'Agence Française de Développement, pour un coût total avoisinant 264 milliards de FCFA. Le calendrier d'exécution s'étend sur plusieurs années, les premiers lots ayant démarré en 2022 et certains chantiers se poursuivant au-delà de 2026.
Le PAPC concerne-t-il aussi les eaux usées domestiques ou uniquement les eaux de pluie ?
Le programme cible spécifiquement les eaux pluviales, c'est-à-dire l'évacuation de l'eau de ruissellement lors des précipitations. La gestion des eaux usées domestiques (assainissement individuel, fosses septiques, réseau d'égouts) relève d'un cadre distinct, largement porté au niveau des ménages à Cotonou en l'absence de réseau d'égouts collectif généralisé.