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Graffiti Cotonou : dans l'atelier Mafaya, GBEDO et Ismail forment la relève

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Équipe iCotonou.com2026-08-14 · 6 min
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Graffiti Cotonou : dans l'atelier Mafaya, GBEDO et Ismail forment la relèveicotonou.com · 2026-08-14

GBEDO lors d'une session de graffiti de l'atelier Mafaya

Graffiti Cotonou : dans l'atelier Mafaya, GBEDO et Ismail forment la relève du 3e arrondissement

Un mur blanc dans une cour du 3e arrondissement de Cotonou. Des enfants accroupis devant, bombe à la main, encore hésitants sur le premier geste. C'est là que se joue, depuis le 13 juillet 2026, une bonne partie de l'avenir du graffiti à Cotonou.

L'exposition Mafaya, portée par les artistes Aka Gbedo et Ismail Alao Osseni, ne se contente pas d'exposer. Elle forme. Jusqu'au 31 juillet, des dizaines d'enfants du quartier apprennent les bases du graffiti dans le cadre d'un atelier gratuit ouvert à tous les habitants du 3e arrondissement.

La presse locale a couvert le lancement, les discours officiels, la présence du chef d'arrondissement. Ce que les articles n'ont pas raconté, c'est qui est GBEDO, pourquoi ce nom Mafaya, et comment il voit la scène du graffiti Cotonou qu'il contribue à faire grandir.

Pour comprendre Mafaya, il faut d'abord comprendre l'homme qui porte le projet.

GBEDO, un parcours né d'un coup de tête

Aguiar Gbedonoukoun Maurice Morel n'a pas suivi d'école d'art pour devenir graffeur.

"Je suis devenu GBEDO sur un coup de tête", raconte-t-il. Tout part d'un ami qui lui parle d'un groupe de jeunes artistes urbains béninois qui parcourent des lieux reculés pour redonner vie aux murs, par des fresques. Il rejoint le groupe. Ce qui suit, c'est de l'autoformation pure : il se donne à fond, pousse sa propre curiosité jusqu'à maîtriser la technique.

Ce genre de parcours, sans diplôme ni atelier institutionnel, est courant dans la scène graffiti Cotonou. Elle s'est construite par la pratique collective, les jams entre artistes, le mur comme seul professeur.

Des murs comme carnet de route

Aujourd'hui, GBEDO continue ce principe. Il multiplie les freestyles et les collaborations. Une fresque à Akpakpa. Une autre à Grand Popo, avec l'artiste finlandais Sebastien. Une troisième à Fidjrossè, avec Manon.

Ce détail n'est pas anodin. Le graffiti béninois circule au-delà des frontières nationales depuis des années, porté par des rencontres entre artistes locaux et internationaux. GBEDO s'inscrit dans cette logique de collaboration plutôt que dans celle de l'artiste isolé.

Ses tags, dit-il, ne passent pas inaperçus dans Cotonou. C'est cette pratique du terrain, répétée pendant des années, qui alimente aujourd'hui l'atelier Mafaya. L'apprentissage dans la rue lui a forgé une vision pragmatique de la création : le matériel coûte cher, les opportunités sont rares, mais l'envie de peindre surmonte ces obstacles.

Mafaya, ne jamais abandonner

Le mot vient du yoruba. Mafaya signifie never give up.

"C'est un message universel, pour se donner la force, ne jamais s'arrêter de travailler, apprendre avec patience, maîtriser", explique GBEDO. Une philosophie de discipline autant que d'art. On la retrouve dans le choix même du support : plutôt qu'une galerie, un mur de quartier. Plutôt qu'un public de connaisseurs, des enfants qui n'ont jamais tenu de bombe de peinture.

Persévérance. Apprentissage patient. Maîtrise progressive. Ces trois mots résument l'atelier autant que le nom de l'exposition.

Deux artistes, deux méthodes

GBEDO et Ismail Alao Osseni lors de l'atelier Mafaya

Sur le projet, la répartition des rôles suit une logique claire. Ismail Alao Osseni prend en charge les visuels et la conception. GBEDO s'occupe de la communication et de la scénographie. Le reste, ils le partagent.

Cette division du travail explique en partie la cohérence de l'exposition. Un designer qui pense les images, un artiste de terrain qui pense l'espace et le récit autour. Deux logiques différentes qui se complètent plutôt qu'elles ne se superposent.

Ismail Alao Osseni est designer de formation. GBEDO, lui, vient du mur, de la rue, du geste répété jusqu'à la maîtrise. Cette rencontre entre deux façons de fabriquer une image, l'une par l'écran, l'autre par la bombe, donne à Mafaya une identité visuelle qui ne ressemble ni à un simple projet social ni à une exposition de galerie. L'esthétique est brute, mais réfléchie.

Les enfants qui participent à l'atelier voient les deux méthodes cohabiter sous leurs yeux. Ils apprennent la technique du geste avec GBEDO. Ils découvrent, avec Ismail, que le graffiti se pense aussi avant de se peindre. L'un esquisse des lettrages sur tablette, l'autre enseigne la distance parfaite entre l'aérosol et le béton pour éviter les coulures.

Un mois pour transmettre

L'atelier tient en dix-neuf jours, du 13 au 31 juillet. Court, à l'échelle d'un apprentissage artistique. Suffisant, selon GBEDO, pour poser des bases.

Ce choix du format court n'est pas un compromis. Il colle à la philosophie Mafaya : ne pas viser la maîtrise complète en un mois, mais installer une discipline, une familiarité avec l'outil, une confiance qui pourra continuer à se construire après la fin de l'exposition. Les enfants ne sortent pas graffeurs professionnels, mais ils sortent initiés à une forme d'expression qui leur semblait jusque-là hors d'atteinte.

Une scène qui s'agrandit

Cotonou n'a pas attendu Mafaya pour avoir une identité graffiti forte. La ville abrite déjà le mur du patrimoine, plus de 940 mètres de fresques signées par une quarantaine d'artistes lors du festival Effet Graff, une des plus longues murailles graffées d'Afrique.

Mafaya s'inscrit dans ce sillage, à une échelle différente. Pas un monument touristique, mais un atelier de quartier.

GBEDO observe cette dynamique de l'intérieur. "La scène du graffiti aujourd'hui à Cotonou s'agrandit, je vois de nouveaux artistes et aussi comment la population s'intéresse. Ça donne de l'avidité. Les gens commencent par adhérer et se sentir concernés", décrit-il.

Les noms qui comptent

Il cite plusieurs artistes qui comptent pour lui dans ce milieu : Seencelor, Dr Mario, Lionel Davinci, Afi. Des noms qu'on retrouve aussi, pour certains, du côté du mur du patrimoine et des grands festivals urbains du pays.

Cette liste dit quelque chose d'important. La scène graffiti béninoise n'est pas un ensemble d'artistes isolés qui travaillent chacun de leur côté. C'est un réseau dense. Les mêmes noms reviennent d'un projet à l'autre, d'un mur à l'autre, d'un festival à un atelier de quartier.

GBEDO en fait partie sans en être le centre. Il désigne d'autres artistes avant de parler de lui-même. Un réflexe qui en dit long sur la culture collective du milieu urbain béninois, où la compétition s'efface souvent devant le besoin de structurer une véritable filière.

Deux échelles, une même énergie

Le mur du patrimoine a montré que le Bénin pouvait porter un projet graffiti à l'échelle internationale, avec l'implication d'artistes venus d'ailleurs comme Eduardo Kobra. Mafaya montre autre chose : que cette même énergie créatrice peut se transmettre à l'échelle micro, dans un quartier, auprès d'une poignée d'enfants qui découvrent la bombe de peinture pour la première fois.

Les deux démarches ne se concurrencent pas. Elles se répondent. L'une donne une vitrine internationale impressionnante au graffiti Cotonou. L'autre construit, patiemment, la génération qui viendra un jour peindre ce genre de mur avec la même assurance.

L'ambition de GBEDO

Interrogé sur l'avenir, GBEDO ne parle pas seulement de Mafaya.

Il se projette dans cinq ans en train d'organiser de grandes expositions à l'international, de participer à des projets d'envergure. Son objectif, dit-il sans détour, c'est de devenir l'artiste le plus distingué d'Afrique et du monde.

Une ambition frontale. Elle contraste avec l'humilité du dispositif actuel : un mur abîmé, des enfants, un mois de juillet pluvieux.

Ce que l'atelier prépare vraiment

C'est peut-être là que se trouve le vrai sujet de Mafaya. Pas seulement transmettre une technique aux enfants du 3e arrondissement. Construire, mur après mur, la trajectoire d'un artiste qui vise loin, et former en chemin ceux qui prendront peut-être le relais. L'enseignement est aussi une façon d'ancrer son propre nom dans l'histoire visuelle de sa ville.

L'atelier se termine le 31 juillet. Le nom, lui, reste un programme : ne jamais abandonner.

Le 3e arrondissement, un terrain choisi

Le choix du 3e arrondissement pour Mafaya n'est pas anodin. C'est un des arrondissements les plus denses de Cotonou, avec une vie de quartier hyperactive et une jeunesse nombreuse, en quête de repères ou simplement d'activités porteuses de sens pendant la période estivale.

L'atelier a été lancé officiellement le 10 juillet 2026, au siège même de l'arrondissement, en présence du chef d'arrondissement et de plusieurs acteurs culturels et habitants du quartier. Ce lancement institutionnel, rarissime pour un projet de graffiti d'habitude perçu comme underground, montre à quel point l'initiative a été prise au sérieux par les instances locales.

Un soutien qui dépasse l'anecdote

Les autorités locales ont salué publiquement une initiative qui rapproche les enfants de l'univers artistique contemporain et qui valorise les talents bruts du quartier. Ce soutien institutionnel change fondamentalement la portée du projet. Un atelier de graffiti reste, dans beaucoup de contextes urbains, une pratique marginalisée, parfois associée à tort à la dégradation de l'espace public.

À Cotonou, dans le 3e arrondissement, grâce à Mafaya et au charisme de GBEDO, le graffiti devient un outil reconnu d'éducation artistique, de discipline personnelle et de cohésion sociale. Les élus voient l'impact direct sur les jeunes qui canalisent leur énergie dans la couleur plutôt que dans l'oisiveté.

Ce que ça change pour le quartier

Pendant un mois entier, un mur banal du 3e arrondissement devient un laboratoire d'apprentissage plutôt qu'un simple support visuel mort. Les enfants qui y passent repartent avec une compétence technique tangible, mais aussi avec une expérience inoubliable de discipline, d'écoute et de patience, des valeurs que GBEDO place au centre même du mot Mafaya.

C'est cette dimension hyper-locale, ancrée dans les dynamiques d'un quartier précis de Cotonou, qui distingue Mafaya des grands projets muraux à vocation touristique ou internationale de la ville. L'atelier ne cherche pas à attirer des visiteurs extérieurs. Il cherche à transformer, durablement et discrètement, la relation des enfants du quartier à l'art urbain qui les entoure.


Questions fréquentes (FAQ) sur le Graffiti à Cotonou

Qu'est-ce que le projet Mafaya ?

Mafaya est une exposition et un atelier de graffiti gratuit créé par GBEDO et Ismail Alao Osseni, destiné aux enfants du 3e arrondissement de Cotonou. Son but est de transmettre les bases du street art. Le mot vient du yoruba et signifie "ne jamais abandonner".

Où voir les œuvres de street art et de graffiti à Cotonou ?

La scène de l'art urbain y est très active. Le lieu le plus connu est le "mur du patrimoine" le long du port, avec près d'un kilomètre de fresques (réalisées lors du festival Effet Graff). On trouve également de nombreuses œuvres à Akpakpa, Fidjrossè, ou encore dans le 3e arrondissement avec le projet Mafaya.

Qui sont les graffeurs et artistes urbains béninois reconnus ?

Outre GBEDO, qui est très actif sur le terrain et la transmission, la scène du graffiti Cotonou compte plusieurs artistes urbains béninois majeurs régulièrement cités : Seencelor, Dr Mario, Lionel Davinci ou encore Afi. Ce réseau d'artistes participe à l'effervescence culturelle béninoise actuelle.

Comment se former au graffiti au Bénin ?

La grande majorité des artistes sont autodidactes et se forment dans la rue lors d'événements collectifs appelés "jams". Cependant, des initiatives gratuites comme l'atelier Mafaya mené par GBEDO permettent désormais aux plus jeunes d'être initiés aux techniques de la bombe de peinture.

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